Crocs & Alambics, bave et boyaux pour vous servir

Décidément, j’aurais lu pas mal de nouvelles en peu de temps. Bien que cela ne soit toujours pas mon format préféré, j’en retire beaucoup plus de positif que de négatif… mais exceptionnellement, ma chronique va prendre une tournure un peu différente. Car contrairement à ce que vous avez déjà pu lire sur mon blog, Crocs et Alambics est une anthologie avec pas moins d’une dizaine d’auteurs, chacun possédant son univers, et donc, son monstre. J’ai décidé de donner un avis pour chaque nouvelle, sans donner trop d’informations pour vous donner envie de lire, mais suffisamment pour que vous puissiez avoir une idée globale de ce qui m’a plu ou déplu.

Crocs & Alambics comme je le disais est une anthologie de 230 pages publiées aux éditions Crin de Chimère (on salut encore une fois les copains partenaires) le 25 janvier 2021. On y retrouve 10 nouvelles avec un même thème ; celui des monstres de laboratoire ! Ou presque, car en fait pas tout à fait, car la thématique est surtout celle de monstres dans un genre de Science-fiction.

Pour mon avis général sur le recueil, je dois avouer ne pas du tout avoir été charmée par les deux premières que j’ai lu, et il a fallut que je m’accroche pour la troisième. Sont en cause une maîtrise que j’ai trouvé bancale, beaucoup de personnages, bien qu’à chaque fois le style soit très propre et serve correctement son propos. Mais bon, j’ai conscience d’être assez exigeante, et à part une nouvelle que je n’ai pas pu lire à cause du portage epub qui n’est pas optimal (et mes petits yeux qui ne sont pas très efficaces) le tout reste d’un très bon niveau. Pas encore excellent, mais on a droit quand même à l’étalage de dix auteurs talentueux qui ont su, presque à chaque fois, me transporter et me faire frissonner ! On va commencer de suite par un avis pour chaque nouvelle.

Moonshine par Philippe Aurèle Leroux

Moonshine est la première nouvelle du recueil, et c’est celle que j’ai le moins apprécié. La faute à un trop plein de personnages que j’ai trouvé pour la plupart peu intéressants, très manichéens dans leur construction et qui n’apportaient pas toujours ce que j’attendais d’eux. Il s’agit d’une nouvelle à bord d’un vaisseau spatial et traitant d’une race extra-terrestre, les fées Vertes. Sans trop en dire, je n’ai pas été passionnée par le côté « filmé » de certaines séquences qui rendaient très mal à l’écrit, même si les narrations plus conventionnelles restaient bien écrites. La fin était attendue, a mis beaucoup trop de temps à arriver. Pour faire simple, j’aurais préféré que la nouvelle se perde moins en élucubrations futiles avec des personnes peu malins, ou qu’on se perde moins en explications sur les allers et venues des uns comme des autres. On rentre alors dans une nouvelle lourde, prévisible, où la seule véritable scène d’action se retrouve mâchée et éjectée comme on sort une poubelle malodorante. Bref, j’ai bien failli arrêter ma lecture du recueil là, mais l’avantage d’un recueil avec dix auteurs différents, c’est qu’on peut se dire que le premier n’était juste pas à son goût.

Sangpiternel par Yoann Dubos

La deuxième nouvelle était un peu plus captivante, bien qu’on ait pas encore atteint un plaisir certain de mon côté. J’ai eu du mal avec les transitions de point de vue tantôt en interne et à la première personne, puis subitement à la troisième personne d’un point de vue un peu plus extérieur. Même si, sans révéler le petit plot de l’intrigue, j’ai finis par comprendre que le choix était plus astucieux qu’il n’y paraissait. Ma perspective de la nouvelle n’a pas été changé du tout au tout, évidemment, mais j’ai apprécié la globalité en plus du style particulièrement sobre et travaillé qui ne se perdait pas en détails. Une histoire de machines, d’organiques, qui nous pose la question de ce que nous devrions véritablement traiter de monstre entre nos créations et ceux qui veulent s’en débarasser. La fin ne m’a pas séduite outre mesure, mais le ton et les personnages m’ont paru sincères, cohérents dans leur univers, et le pessimisme qui s’en dégage était très intéressant.

Où est le monstre ? par Constantin Louvain

Avec Où est le monstre ? on atteint les nouvelles que j’ai le plus apprécié ! On plonge ici dans l’univers d’un complexe souterrain où une créature y a été lâché, et il faut désormais arrêter le carnage… tout en cherchant ce qui a provoqué l’incident. J’y ai découvert un fascinant univers de SF un peu à la Starship Troopers, tout aussi nuancé et avare en informations, bien qu’on finisse par en apprendre énormément au fur et à mesure que l’intrigue avance. Tout était bien pensé ; les personnages, les descriptions, les sentiments. On suit en vérité deux progressions, celle d’un militaire, confronté à ce qui s’apparente à un fou furieux mais pas dénué d’empathie, et de l’autre d’autres militaires, sur le terrain, en train de se demander s’ils traquent ou s’ils se font traquer. On baigne dans l’intelligence d’un créateur, et ce de manière méta ! Bref, premier coup de cœur du recueil, et je dois avouer que ça quelque peu assouplit mon avis sur le reste.

La plus belle des réussites par Alexandre-Fritz Karol

Je ne saurais pas dire si elle a été ma préférée, mais Alexandre-Fritz Karol a su m’impressionner et me faire oublier que je lisais une nouvelle, et non pas un roman. Le rythme comme le sujet tranche tellement avec le reste que j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une nouvelle de piraterie, avant d’être rappelée à l’ordre par les personnages et leur humour grinçant, puis leur gravité nauséeuse. Bien que certains éléments ont été devinés au cours de l’intrigue, j’ai pris un grand plaisir à suivre tout ce groupe tentant de rallier une destination qu’ils n’atteindront jamais, ou pas de la manière désirée. Un bateau, un univers que j’aurais pu lire sur quelques centaines de pages, l’auteur fait montre d’une impressionnante délicatesse dans la description horrifique sale. Je sais, ça ressemble à une oxymore fallacieuse, mais rien que pour Où est le monstre et La plus belle des réussites croyez moi que le recueil vaut le coup d’être acheté et dévoré ! Une fin pas exactement attendue, très bien trouvée, et qui m’a fait sourire autant que grimacer encore dix minutes après l’avoir achevé. Et c’est une très bonne chose.

Cauchemar organique par Paul Vialart

Alors je préfère ne pas trop m’étaler sur celle-ci, déjà car elle est assez courte mais surtout car la moindre information peut vous gâcher la surprise de la nouvelle. Sans prétention, je l’ai trouvé pour le coup un peu trop simpliste. Les descriptions étaient plaisantes, cela dit, mais je n’ai pas ressenti de frissons ou d’attachement particulier comme cela avait été le cas pour les autres nouvelles, même Moonshine. Je ne parlerais néanmoins pas de raté, car j’ai sentis que c’était véritablement une histoire de goût personnel. Je reconnais une certaine maîtrise dramaturgique, et bien que la fin était décevante à mes yeux c’était une nouvelle agréable et dans le même ton que les autres !

Le cantique de Shrödinger par R. Selenier

J’hésite entre traiter la nouvelle d’adorable ou de démente… car autant ce qui est décrit touche à une rude réalité qui pourrait très bien devenir la nôtre, mais j’ai trouvé la fin juste… bien. Non mieux, elle était la plus judicieuse de toutes les fins. Compréhensible, touchante, humaine. A tout moment j’imaginais déjà le carnage sur lequel on aboutirait, et en fait pas du tout. Imprévisible, élégant, comme l’intégralité de la nouvelle, même quand on baigne au niveau des bras jetés et des fluides qui dégoulinent par les pores de la peau. Courte mais efficace, Le cantique de Schrödinger est une des grosses surprises de ce recueil.

Partie de chasse par Fabrice Pittet

Encore une sacrée perle que nous propose l’anthologie. J’ai ris du début à la fin, été touchée par le grotesque de certaines situations, été fascinée par la description de la créature, et par l’achèvement de la nouvelle. Le tout avait un aspect de franche camaraderie entre deux personnages qu’on nous présente, puis qu’on découvre, et pour qui on a une certaine sympathie mêlée de dégoût. Non parce que franchement, toute la nouvelle reste absolument horrible. Mais le style, le folklore, de l’agression du militaire aux jeux de mots entre Grim et son comparse, j’ai rarement été aussi prise dans un récit alors que je l’ai lu avec une petite fièvre. Et je ne le regrette pas, j’aurais certainement moins bien imaginée la saloperie dont il est question si je n’avais pas été malade.

Caris et Cagom par K. Sangil

Une nouvelle dont le concept devait être sympathique, mais que je n’ai pas pu lire à cause de l’epub qui faisait des siennes. C’était assez pénible à lire car l’histoire est une double histoire, autant dire que j’ai survolé. En numérique, ce n’était vraiment pas pratique car on se retrouvait à devoir jongler de paragraphe en paragraphe… donc je ne sais pas si elle était bonne ou non ! C’était en tout cas un sacré challenge de mise en page… pas très réussi, mais bon. Le reste du recueil étant très bon, je pardonne ce petit défaut qui, m’a-t-on dit, n’apparaît pas dans la version papier !

Ad Monstrum par Jenna Preston-Penly & Alicia Alvarez

Une nouvelle très courte, la seule qui a été écrite à quatre mains et dont certains passages sont un peu inégaux, mais dans l’ensemble il s’agit de l’une de mes préférées. Elle aborde la thématique des monstres de manière assez différente, sans s’égarer dans l’explication d’un univers tout en donnant des clefs pour offrir une belle sensation de proximité entre le lecteur et les personnages. Ces derniers sont au nombre de quatre, d’ailleurs, et j’aurais préféré que les deux autrices s’étalent un peu plus sur la « perte de contrôle » de deux des personnages, et soient un tout petit moins expéditives sur la fin qui… eh bien, est unique, c’est le moins qu’on puisse dire ! Je crois que le dernier paragraphe m’a semblé un peu de trop, j’aurais favorisée une fin encore plus ouverte et nébuleuse, en se contentant de la dernière scène de pure sauvagerie qui m’a fait un effet non négligeable.

Ah et, je suis team Légion. Voilà, ça ne sert à rien, mais beaucoup trop aimé les passages en « nous » pour ne pas le mentionner ! Une sacrée prise de risque, et justifier qui plus est, dans un genre pourtant très codifié qui n’est pas tendre avec ceux qui sortent des clous. Ad Monstrum sort des clous et d’une bonne manière, en proposant des personnages antipathiques et en humanisant des êtres qui ne le sont plus… à nos yeux, en tout cas.

Xoth par Kaegor de Rion

Que dire à part le fait que j’ai été très surprise ? Le thème n’a pas été mon préféré, mais Xoth a su capter mon attention par son découpage, son personnage principal, et toute la synergie qui se dégage des événements les uns avec les autres. J’ai d’abord été un peu suspicieuse et perdue, ne comprenant pas trop où ça allait ni ce que venait foutre la première scène, mais de la même manière qu’on allumerait une deuxième bougie de l’autre côté d’un mur pour ne plus faire que deviner les ombres ici-bas, la nouvelle a éclairé progressivement toutes mes lanternes dans un jeu de piste plutôt étonnant. Une parfaite note finale à mes yeux pour conclure un excellent recueil de nouvelles !

Est-ce que je recommande la lecture du recueil ?

Totalement. Ne serait-ce qu’en epub, avec Crin de Chimère je sais en général que j’en ai pour mon argent, et Crocs et Alambics n’échappe pas à la règle malgré le pari audacieux de prendre dix auteurs différents dans une même anthologie ! La plupart de mes remarques négatives sont dû à mes propres considérations en matière de ce que j’aime ou non, au final j’ai énormément apprécié ma lecture et je pense que les éditions Crin de Chimères sont extrêmement méritantes.

Je vous salue, amis lecteurs, en vous invitant à aller soutenir cette maison d’édition et son travail remarquable. Personnellement, j’ai le roman d’Alexandre-Fritz Karol à lire, celui d’Alicia Alvarez passant juste derrière… si vous êtes sages, vous aurez de mes nouvelles très vite.

Prenez soin de vous, et lisez du CdC !

Akaracthe

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