Nocturne de Sang, quand le thriller et le glauque jouent du Chopin

Il y aura toujours une place de choix pour les romans horrifiques dans ma bibliothèque. Malheureusement, comme beaucoup d’autres genres, l’horreur n’échappe pas au ramassis de mauvaises graines qui pullulent même parmi les meilleures maisons d’éditions. Je vous rassure de suite, Nocturne de Sang, non sans surprise, ne fait pas partie des mauvaises graines, bien au contraire.

Nocturne de sang est un roman de Michel Pelini publié aux éditions Crin de Chimère (dont je suis partenaire) en avril 2020. C’est un roman d’horreur de de moins de 300 pages, qui raconte l’histoire d’une jeune femme devenue pianiste, ayant été séquestrée et violée par un pédophile dans son enfance avant de s’échapper. Des années plus tard, son bourreau est annoncé mort ; petit problème, il s’avère que ce dernier soit devenu un vampire, et qu’il a la rancune aussi longue que ses nouvelles canines.

Un thriller sur fond de bataille d’exorcistes

Ce n’est pas ce qui saute aux yeux immédiatement mais c’est le point que j’ai préféré ; la construction du vampire ainsi que le traitement de la religion qui tapisse le roman. C’est assez rare que j’évoque ce genre de point sans grincer des dents, mais c’est en cela que le roman est super intéressant ; déjà, on part sur une base du vampire qui est un démon, un sous-fifre du diable, anciennement un humain si horrible qu’il lui a été offert de pactiser avec le mal. On rencontre au total trois vampires, que j’ai fortement apprécié pour des raisons assez diverses, mais je prendrais le temps d’y revenir dans quelques paragraphes.

Car qui dit diable, dit Dieu, et dit mention des luttes religieuses du bien contre le mal (ou affilié). J’avoue que je ne m’y attendais pas, et je ne m’attendais pas spécialement à apprécier cet aspect aussi discret que parfois étincelant de la religion catholique. Cela provient de plusieurs personnages, et notamment des deux frères exorcistes qui tournent dans le livre comme des protagonistes moins paumés que les autres mais pas plus avancés avant la fin. Maxime et Mathieu amènent d’anciennes luttes, de l’expérience, de nouveaux traumatismes aussi, et j’ai beaucoup aimé les quelques pensées sur la religion amenées. Parmi celles ci je citerais la pensée de Mathieu, disant que s’il ne savait pas si Dieu les guidait, il pensait en tout cas que les pouvoirs de son frère étaient l’œuvre de quelque chose qu’il ne pouvait pas comprendre. Et comment lui en vouloir quand ce même frère est capable de repousser des vampires par la force de son esprit…

Des personnages… à qui on veut du mal (mais pas tout le temps)

Un autre fait d’exception dans ce roman ; j’ai adorer détester la plupart des personnages, sauf ceux qu’il fallait en effet détester, je m’explique. Le personnage principal, Jessica Janin, a été pour moi un personnage à qui je souhaitais une terrible fin. Elle rassemblait tous les comportements que je détestais le plus, une petite capricieuse qui se ramenait elle-même à ses traumatismes tout en reprochant aux autres de la ramener à ses traumatismes. J’en suis très vite venue à lire simplement pour la voir souffrir, mais heureusement que les interludes avec les frères Leroux étaient là. Ensuite, il y a eu pas mal de flashback des épisodes dans une cave (je ne vous fais pas de dessin) et sur l’enfance de l’antagoniste principal ; je n’ai pas ressenti d’affection pour lui (il ne faut pas abuser, ça reste un pédophile) mais j’étais relativement amusée par son parcours. Une partie de moi « sympathisait » (il faut le dire très vite) ou en tout cas comprenait parfaitement la direction qu’avait pris sa vie. Bon, ça s’est très vite arrêté quand il m’a dépecé un pauvre lapin encore en vie en y prenant plaisir, mais vous voyez l’idée.

Il n’y a au final que très peu de personnages dans le roman. La plupart n’apparaissent pas plus de quelques parties, le temps de mourir, de disparaître, ou le temps qu’on raconte leur vie par procuration. Tous m’ont plu à leur manière, et c’est une force dans le roman (sauf Jessica, Jessica je te déteste). Cela passe par la narration, notamment, ou le fait que quasiment chaque élément soit lié à un autre, de manière très simple et… assez lucide.

Un art de raconter l’horreur et le banal

Un trait caractéristique de l’horreur, c’est le fait que cela tranche drastiquement avec la monotonie de l’habitude. Quelque chose que l’auteur a merveilleusement bien compris ; plusieurs fois on se voit raconter les habitudes d’un personnage, leur relative tranquillité. Quand sans crier gare (ou en provoquant des hurlements inhumains), un événement terrible survient, et c’est déjà finit ; il y a un mort. Sauf que je devinais rarement comment cela allait terminer avant de l’avoir sous les yeux ; une petite surprise qui me plaisait beaucoup.

Est-ce un livre à ambiance ?

Bah écoutez, pas du tout. Pour une raison très simple ; le livre est court, il ne se perd pas en contemplation. La plupart des scènes sont crues, brutales, choquantes, à l’image des vampires qu’elles font évoluer vers une fin sur laquelle je n’ai rien à redire. On parle souvent de « plume » ou « d’ambiance » pour dire qu’on a aimé ce que dégage le livre dans sa finalité, mais je pense que c’est une facilité. Ici on ne laisse pas de place à l’ambiance ; on retient sa respiration en rentrant dans l’eau glacée du livre en espérant avoir assez de souffle pour le terminer. Ca le rend plutôt unique, mais surtout très brutal… et je n’en attendais pas tant.

Est-ce que je le recommanderais ?

Oui, et mille fois oui. Cela reste un roman d’horreur avec la présence de viols, d’acharnement verbal et physique, de torture et de maltraitance animale, donc que toutes les personnes trop sensibles ne s’y attardent pas. Mais le roman est court et efficace ; il promet une aventure brusque, sanglante, et s’y tient. C’est très satisfaisant d’arriver à la fin d’un roman et de se sentir juste… admiratif. Évidemment, j’aurais peut-être une autre préférence pour la fin (que je ne vous dévoilerais pas krkr) mais la décision de l’auteur était logique et bien amenée, donc je n’ai au final rien à y redire. Je vous conseille vivement Nocturne de Sang, en espérant que tous mes prochains livres d’horreur y ressemblent au moins un peu.

Prenez soin de vous, et lisez des romans d’horreur !

Akaracthe.

Une réflexion au sujet de « Nocturne de Sang, quand le thriller et le glauque jouent du Chopin »

  1. Avec de telles notes, ça méritait d’être lu !
    En tout cas lire ta review suffit déjà à donner envie de s’intéresser au sujet ! J’ai envie de dire : qualité ? Comme toujours ! J’espère que ça donne envie à d’autres personnes de lire également que ce soient les oeuvres que tu proposes, ou même celles que tu écris ~ PARCE QUE CA VAUT LE COUP ! GG à toi !

    J’aime

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