Le Prieuré de l’Oranger, un beau morceau de fantasy à consommer sans modération

C’est toujours un peu délicat de lire des romans dont tout le monde vous a parlé durant les derniers mois, en vous disant à quel point c’était génial, le nouveau maître (ou ici maîtresse) de la Fantasy qui sort son meilleur livre… et de ne pas être soupçonneux. Aujourd’hui, je vous parle de ma lecture du Prieuré de l’Oranger, qui a oscillé entre une surprise assez intense et une lassitude à certains passages, ce qui conclut à une fin en demi-teinte à mes yeux.

Le Prieuré de l’Oranger est un roman de fantasy écrit par Samantha Shannon, publié en octobre 2019 chez l’éditeur De Saxus, et qui connaît une popularité assez impressionnante. Comparée à un Tolkien ou une Robin Hobb, Samantha Shannon est une anglaise qui a démarré sa carrière avec The Bone season, mais j’aurais l’occasion d’y revenir quand je m’attaquerais à sa lecture.

Commençons par parler des choses qui fâchent ; les lecteurs

Je fais partie des gens curieux qui apprécient autant découvrir des œuvres par moi-même qu’écouter les recommandations des gens sur internet ou de mes amis. Le problème, c’est que j’ai beaucoup de mal à apprécier quelque chose quand on me le survend, surtout quand les personnes se sentent obligées de vendre l’œuvre avec des choses dont… je me contrefous royalement. Par exemple ; le fait qu’il y ait un couple lesbien quelque part ne me fera pas lire une œuvre. C’est un peu rude et j’en ai conscience, mais pour moi la présence de lgbt est aussi normale que peu vendeuse.

Je regrette sincèrement qu’on m’ait autant survendu le bouquin ou ce qu’il s’y passait. C’est certain que ça m’a gâché certains moments, et que la note finale ou mon ressenti global en sont ressortis moins bons. Mais comme vous allez vous en rendre compte, c’est là bien le plus terrible que j’ai à dire sur le bouquin ; ce qui est une bonne chose !

Encore un roman choral en fantasy, qu’est-ce que j’en ai pensé ?

La fantasy étant un genre très codifié, il n’est pas rare de retrouver certaines choses presque systématiques comme la pluralité de narrateurs, et donc de point de vue. Cela prend tout son sens dans le Prieuré de l’Oranger puisque le monde est banalement divisé en Nord, Sud, Ouest, et Est. On ignore complètement le Nord à part pour le citer, mais le reste possède un narrateur ou en tout cas un personnage principal par continent… au moins au début. Évidemment, comme pour beaucoup de règles, l’autrice s’amuse à modifier ce fondamental pour raconter tout ce qu’elle a à écrire. Sachant qu’au fur et à mesure, on découvre quelques autres endroits qui accompagnent les voyages des protagonistes ; et ils sont nombreux à voyager ! Que ce soit à dos de dragons, de créatures à poils humides ou simplement à pieds.

Une qualité d’écriture pour les personnages, même ceux qu’on déteste…

Je vais être claire maintenant ; Niclos Roos, MVP. Un personnage atypique qui m’aura un peu gonflé au début du roman, ce vieil alchimiste alcoolique exilé par la Reine d’Ynis depuis des années, qui me semblait antipathique et pas si important… bah je me serais bien trompée ! Je ne vous révélerais pas les éléments d’intrigues, mais je tiens à signaler que c’est le personnage qui m’a le plus ému dans ses relations passées et présentes. C’est son aventure que j’ai le plus suivie, j’attendais ses chapitres comme une affamée attend son morceau de fromage. Et je n’étais jamais déçue ! Il lie l’univers quasiment à lui tout seul, et je trouve qu’il a la fin la plus respectable.

Pour le reste, j’ai été un peu mitigée par endroit ; j’ai adoré la description de la reine, évidemment, même si en matière de tête couronnée j’ai préféré le bref passage de l’Empereur de l’est avec ses dragons. Ead est clairement l’héroïne, même si je regrette son choix de couple qui m’a parut aussi pénible que pas naturel (mais qui suis-je pour juger des relations des autres?). Par contre, l’autre gourgandine de l’est, je l’ai haïs du plus profond de mon âme du début à la fin. Une petite pédante qui se permet de juger les autres alors qu’elle amène elle-même ceux qu’elle aime à des situations franchement pas enviables ! Et quelle ait autant d’importance était aussi prévisible que… un peu lassant. Mais bon, ça ne change rien au charme des autres, et heureusement que le reste des personnages sont là pour sauver les pots ! Mention spéciale à Kalyba, Chassar, Loth et Mag, qui ont su conquérir mon cœur malgré une présence sur les lignes plus faible que les autres.

En bref, qu’il s’agisse d’antagonistes ou de protagonistes, ou simplement de gens qui se situent au milieu et qui servent leurs uniques ambitions (je pense notamment à l’Impératrice Dorée) les personnages fonctionnement parfaitement bien les uns avec les autres, aussi je n’ai pas peur de dire que je n’avais pas vu de si belle dynamique dans un roman depuis un moment ! Et on en arrive au point indissociable avec les personnages ; l’intrigue.

Une jolie toile d’araignée

Comme je le disais, il est délicat de traiter séparément l’intrigue et les personnages puisque l’un dépend de l’autre ; après tout, ce sont les personnages passés qui provoquent souvent les aventures du présent, et le Prieuré de l’Oranger n’échappe pas à la règle ! On y retrouve les grands axes qui fonctionnent dans la fantasy ; un Empire, un Reinaume (bien qu’il aurait pu s’agir d’un Royaume, mais je trouvais l’utilisation de la lignée de reine intéressante) dont la religion est soi disant bâtie sur l’histoire mais dont les versions diverges, une contrée de mages secrets qui veillent à l’équilibre du monde, des dragons, des pirates, et de sales créatures qui corrompent les sociétés, les gens, la terre, sans oublier une prophétie (ou plutôt deux), de la politique et une vilaine sorcière qui hanterait des bois reculés.

Dis comme ça, on dirait que l’autrice a simplement jeté tous les points qu’on aime bien dans la fantasy sans réfléchir ; c’est peut-être le cas ! le génie de l’histoire c’est d’avoir réussi à lier tous ces points de manière naturelle, sans s’empêcher de faire interagir de manière très spontanée les personnages entre eux, de recouper les informations, de les noyer quand il fallait, etc.

Je sais que c’est très confus pour ceux qui ne connaissent même pas le propos du livre, donc je vais au moins détailler un point de l’histoire que j’ai particulièrement apprécié ; le mythe de la fondation du Reinaume d’Ynis. Point de discorde entre plusieurs personnages, cela m’a rappelé les conflits entre catholiques et protestants, même si l’histoire va bien plus loin. Il est mention d’un Saint qui aurait repoussé le Sans-nom, un ignoble dragon qui aurait manqué de dévaster le monde, et c’est ce saint avec son épée magique qui serait aller conquérir le cœur de la demoiselle locale pour fonder le Reinaume. Et la légende raconte que tant que le Reinaume sera debout, avec la lignée de sang qui le dirige, le méchant dragon ne pourra pas se réveiller.

Bon, je ne vous cache pas que le gros méchant se réveille quand même et que sans ça il n’y aurait pas la même histoire, voire pas d’histoire du tout ! Mais j’ai vraiment aimé le traitement assez subtil de tout ce qui tournait autour de la légende fondatrice du Reinaume, surtout quand on sait qu’il ne s’agit que d’un seul continent sur deux ! Mais du coup j’en viens à la seule chose qui aura vraiment fait que ce bouquin frôle l’excellence sans jamais l’atteindre ; la fin.

Une fin devenue malheureusement évidente (et tristement douce) à partir de la moitié du livre

Comprenez-moi ; je sais que nous sommes beaucoup de lecteurs à pouvoir deviner les événements grâce au foreshadowing ou juste grâce à notre bagage culturel qui fait que l’on sent ce qui va arriver car on l’aurait écrit de cette façon. Mais là, je me suis retrouvée confrontée à un autre soucis ; sans en dévoiler trop, je me suis rendue compte que la fin ne pouvait qu’être que la victoire de certains personnages, vu qu’il s’agit d’un one shot et que niveau marketing, Shannon ne pouvait pas décemment faire une fin trop noire. C’est ce qui m’a le plus déçu, comme le fait qu’il y ait si peu de morts remarquables. Des morts il y en a, mais uniquement sur les personnages tertiaires. On retombe sur le un syndrome de la gentille guéguerre, où même si on te la tease depuis le début du roman comme quelque chose de terrible, tout le monde s’en sort avec seulement une petite égratignure.

En conclusion, est-ce que je recommanderais le livre ?

Malgré quelques déceptions, je le recommande à 200 %, que ce soit pour de grands amoureux de la fantasy ou des néophytes du genre. L’écriture de l’autrice est vraiment facile à lire, on mélange un vocabulaire parfois sophistiqué avec des tournures de phrases qui ne s’embarrassent pas de fioritures. Même si c’est un gros pavé, il est bien découpé, n’abuse pas de cliffhangers tout en sachant ménager son suspens. J’ai adoré pas mal de révélations, de retournements de situations, et au final même les personnages (même les plus anodins) m’ont portés. J’ai pu me retrouver dans pas mal de phrases, dans des discours qui s’alimentaient les uns les autres et c’était… bien. Je souhaite sincèrement à tout le monde de lire ce livre, car même si au final vous ne lisez que la moitié, ça ne pourra que vous faire du bien.

Une bonne leçon de narratologie, une belle leçon d’écriture, et un bon moment à passer dans un univers très bien construit !

Prenez soin de vous, et lisez des romans !

Akaracthe

Une réflexion au sujet de « Le Prieuré de l’Oranger, un beau morceau de fantasy à consommer sans modération »

  1. Il est clair que le personnage atypique et qui dure aussi longtemps dans une telle histoire c’est presque rafraichissant au milieu des clichés héroïques habituels et c’est chouet ! Pour le reste j’ai trouvé ton article très sympa et la critique faite de la façon dont on vend maintenant certaines histoires (ou plutot dont le public vend la publicité) très à propos et pas uniquement dans le cadre de la littérature ! Un super article comme toujours et petite mention personnel : j’ai trouvé la couverture du bouquin géniale !

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