Wicked Fox, où comment un own voice me semble être une mauvaise fanfiction koreaboo

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment désagréable d’avoir forcé la main à plusieurs personnes pour choisir un livre et que celui-ci se retrouve être pas très bon ? Vous savez, pas « mauvais », mais juste pas bon, lambda, sincèrement plat.

C’est un petit peu ce genre de sentiment que j’ai avec Wicked Fox. Pour le contexte, je l’ai lu dans le cadre du challenge de lecture du Nyx writing club (ils ont un discord que je vous recommande si vous voulez papoter écriture dans un climat bienveillant, d’ailleurs) où chaque mois on vote pour une lecture commune qui sera faite le mois suivant. Quand j’ai vu le synopsis de Wicked Fox, mes yeux se sont agrandis d’amour et j’ai tout de suite voulu le lire. Du own voice coréen à propos d’une gumiho (une version coréenne des kitsune) qui perd progressivement sa force après avoir sauvé un humain dont elle s’éprend ? Moi j’achète de suite ! 

… quel n’a pas été mon étonnement. Mais avant de rentrer dans les détails, on va faire un petit tour sur l’objet livre.

Le livre, donc

Édité chez Penguin (une grosse ME pour ceux qui ne le savaient pas) un quelconque 21 juillet 2020 est un bébé de 427 pages écrit par Kat Cho, une Américaine aux origines asiatiques et plus spécifiquement coréennes. Si je mets autant d’informations ici c’est parce que cela a son importance ; en effet, le bouquin a été vendu comme un « own voice », propre voix en anglais, vous savez, ce rare sésame dont les démagos vantent les mérites en dépit de la qualité de l’œuvre. Car si vous écrivez sur la Corée il faut être d’origine coréenne. Si vous écrivez sur les noirs, il faut être noirs. Si vous faites un jeu au japon il faut être… oh pardon, je m’emporte.

Pourquoi ça une importance et pourquoi je parais si énervée ? Car, par tous les démons du monde, j’ai eu l’impression, du début à la fin, de lire une fanfiction de koreaboo. Et même si vous ne savez pas à quoi « koreaboo » se réfère, sachez que c’est péjoratif. On utilise ce terme fleuri pour parler des adolescentes qui parlent à moitié en coréen en s’imaginant être bilingue, car elles savent dire bonjour au revoir et bon appétit. Oui, on en est là.

Un gros problème de forme

J’ai appris au fil de mes critiques qu’il n’était pas bon, voire un peu dangereux, de séparer la forme et le fond d’une œuvre ; l’un ne va pas sans l’autre. Et si aujourd’hui ça me paraît évident, je crois que c’est une association qui est loin d’être aussi fluide pour tout le monde, mais j’en ferais probablement un article à part. Ce que je veux dire par cette introduction, c’est qu’ici, la forme dessert grandement le fond. En soi, l’histoire n’est pas mal du tout, il y a eu des moments où j’ai été happée, j’ai adoré certains traits des personnages sur lesquels je vais revenir rapidement. Mais systématiquement, deux fois par page, j’étais sortie du livre par jusqu’à des phrases entières écrites en coréen. Sans lexique. Sans contextualisation. Je devais deviner des mots dans une langue que je ne connaissais que très vaguement, et si pour certains ce n’était pas trop compliqué (puisque l’autrice avait la très grande amabilité de les traduire, comme dokkaebi pour gobelin) certains étaient juste confus et utilisés perpétuellement comme si j’étais supposée savoir ce dont il s’agissait.

Spoil alert non, je ne parle pas couramment le coréen, qui plus est quand je lis un livre dans une langue (ici, en anglais) j’attends de comprendre ce qu’il se dit ou au moins qu’il y ait la présence d’un lexique.

Spoil alert² : je lis essentiellement en numérique (sauf cas rares comme en ce moment où je me suis laissée allée à acheter tous les livre ou presque de De Saxus) donc quand j’ai vu qu’il y avait un lexique A LA FOUTUE FIN DU LIVRE j’ai fortement grimacé.

Donc vous savez ce qui vaut à Kat Cho un moyen 3* sur son livre. Oui, c’est quasiment que ça. Maintenant que j’ai étalé mon thé sur votre table, passons aux choses plus heureuses.

Une construction des personnages principaux en miroir

Si au début je trouvais leur mise en relation et leurs ressemblances un peu pénible et redondante, je me suis rendu compte au fil de ma lecture que Jihoon et Miyoung (aussi écrit Mi-Young donc on va l’écrire MY, car je ne me fais pas à l’écriture de noms coréens) progressent dans un mélange de parallélisme et de perpendicularité. Sans rentrer dans les détails, ce sont deux adolescents qui ont été confrontés à des abandons quand ils étaient très jeunes, et par instinct se sont éloignés des autres. L’un a des gros problèmes de confiance envers l’extérieur, se murant derrière une attitude faussement désinvolte et clownesque, là où la deuxième a été éduquée à la fois comme un outsider tout en étant perpétuellement au milieu des gens par esprit pratique. Plusieurs fois leurs comportements font provoquer de graves disputes, des problèmes inhérents à leurs personnalités, mais aussi à leur entourage. Ils vont voir des différentes là où il n’y a que ressemblance ; comme l’amour d’une grand-mère à son fils finalement similaire à celle d’une mère à sa fille.

J’ai aimé cet aspect-là de résonnance entre eux, qui allait bien au-delà de leur lien magique (car il y en a un) et qui justifie de manière très noble la naissance puis la concrétisation de sentiments amoureux. Je ne dis pas que pour me plaire, tout doit toujours être expliqué, justifié, argumenté, surtout en romance. Des fois, le hasard, c’est plaisant. Ça donne un petit grain de folie. Mais là, j’ai trouvé que c’était juste très rondement mené. On s’attache aux personnages, on apprend à les détester, on garde un petit espoir que ça s’arrange ou parfois, on apprécie les voir se faire punir.

Un beau paysage de sentiments en tous genres

Les motivations des personnages ne sont que sentimentales (sauf pour un, mais je ne veux pas trop dévoiler l’intrigue). Que ce soit la haine, l’amour, la peur, la couardise. On retrouve un peu de tout et même si le gros de l’intrigue pourrait être simplifié de manière presque enfantine, je me suis prise à éprouver une certaine sympathie envers tout ce foutoir. Certains passages n’étaient pas essentiels à mes yeux, surtout la fin, surtout l’épilogue d’ailleurs, qui certes avait pour but de tease le deuxième tome, m’a surtout convaincu que je ne le lirais jamais.

Car l’épilogue est flou, inutile, et tranche beaucoup trop avec la fin du récit qui avait pour thème le pardon et la réconciliation. Ça m’a pas mal énervée sur l’instant (qui était, au moment où j’écris cet article, il n’y a pas plus d’une heure), ça m’a paru tiré par les cheveux, fade, sans aucune foutue saveur.

Donc au final, est-ce que je le recommande ?

Meh.

Akaracthe

Une réflexion au sujet de « Wicked Fox, où comment un own voice me semble être une mauvaise fanfiction koreaboo »

  1. Ah le coup de la non-traduction de certains termes coréens au sein de l’œuvre c’est rédhibitoire au possible ! Je rejoins totalement ton avis sur le sujet ! Pour le reste je trouve la critique très parlante et pour ceux qui lisent le coréen ça peut sans doute être une romance fantastique bien sympathique en fin de compte, vu ton avis sur les personnages ! Bravo en tout cas pour cette nouvelle critique o/

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