Le Signal, ou comment revoir sa perception de la lecture

Le Signal de Maxime Chattam, publié en 2018 chez Albin Michel nous raconte l’histoire d’une famille de New-Yorkais qui migre subitement dans la petite ville de Mahingan Falls, petite bourgade non loin de Salem, où ils pensent avoir trouvé leur prochain nids d’amour.

Mais ça tourne mal.

Que dire de ce premier Chattam lu ?

Car oui, Le signal est bel et bien mon tout premier Chattam, un auteur perçu comme notre Stephen King francophone ; sauf que, ironie du sort, en tant que grande amoureuse de thriller horrifiques que je suis, j’ai beaucoup de mal avec les œuvres de Stephen King. Ça ne s’explique pas de manière objective ou rationnelle, donc je vous laisse deviner l’état d’esprit dans lequel j’ai entamé ma lecture.

Bon, OK, j’étais surtout curieuse. Je n’avais pas de mauvais a priori, même si le début de ma lecture a été très difficile, jusqu’à manquer de l’abandonner et d’ainsi constituer mon tout premier arrêt sauvage de lecture. J’ai tendance à toujours donner sa chance à un livre, aussi terrible soit-il… après tout j’ai bien terminé Phobos et Fifty Shades of Grey, donc pourquoi Maxime Chattam n’aurait pas eu droit à cet effort ? Je vais y revenir un peu plus tard. Et pour ne pas vous laisser dans l’expectative trop longtemps ; si Le Signal écope d’un joli 4/5 étoiles, c’est parce qu’il m’a globalement plu, mais il se confronte à deux gros défauts qui lui ont gâché son tir parfait.

Un début de Roman dangereusement long

Le Signal, c’est un pavé. Je l’ai lu en numérique sur ma liseuse, et autant dire que les 30% de démarrage m’ont parut très, très longs ! J’ai mis plus de deux mois avant de l’achever, sachant qu’un livre de 600 à 700 pages ne me durent en général pas plus d’une ou deux semaines (selon le temps que me prennent mes autres activités bien entendu). Qu’est-ce que je lui ai reproché ? Une écriture simpliste, des personnages qui se résument à des archétypes comme si l’auteur voulait absolument compléter un cahier des charges : la brute avec des tendances de violeur, le flic qui se sort d’une histoire dans une grande ville et qui ne s’entend avec pas son tyran de supérieur, le papa écrivain qui essuie l’échec de sa dernière pièce, la maman ancienne star de TV qui veut prendre l’air, le fils intelligent mais un peu bête quand même et le cousin (deuxième fils) qui subit le deuil de ses deux parents morts un an plus tôt (je vous avoue avoir levé les yeux au ciel, mais passons).

Je ne mentionne pas tout le monde, car vous le comprendrez très vite, Le Signal prend place dans la vie de toute une ville, et on ressent très vite l’ampleur de la chose malgré la petite bourgade dépeinte. On repère facilement la plupart des personnages, on ne se trompe que très rarement sur les noms évoqués, mais ça ralentit énormément le rythme du tout début. Est-ce que la multiplicité de personnages est un soucis qui a manqué de me faire arrêter ? Pas du tout.

Non, le véritable problème, c’est la banalité sans nom de l’écriture des deux premières scènes. Je vais me garder de gros spoils, mais dites-vous que c’est un démarrage de film d’horreur qui ne ferait même pas l’effort d’essayer d’être original. Deux meurtres par des fantômes très très méchants qui font très très peur OK ? Bon. Heureusement que ce n’est pas long, mais tout m’avait laissé de marbre. Je sentais bien que Chattam savait où il allait avec ces deux scènes, je me doutais que ce n’était pas « si » gratuit que ça et que ça ressortirait un peu plus loin, mais quand même. Je n’aime pas qu’on dévoile le côté fantomatique si vite, ça m’agace, et je ne suis pas passée outre mon agacement avant de très longues pages.

Mais du coup, qu’est-ce qui m’a fait changé d’avis ?

Plusieurs éléments sont venus s’imbriquer d’un coup ; la première scène réellement horrifique qui arrive face à certains personnages principaux par exemple. Sans trop en dire, il s’agit d’un suicide, mais j’ai été fascinée par la description non pas de la scène en elle-même, plutôt celle de la brutalité qui en suivit. A partir de cet instant, j’ai compris que cette longue et lente mise en place avait un but, celle de raconter une histoire. Quelque chose qui, ironiquement, m’était passé un peu au-dessus de la tête. Je me suis alors dis que toute cette lenteur devait être voulus, pour qu’on oublie les deux premières scènes et qu’on ne voit qu’une petite histoire de fantômes presque douce. Des enfants qui se font des frayeurs au-dessus d’une cascade, les terreurs nocturnes d’un bébé dans la nuit, l’étrange chuintement du lavabo ou la mort suspecte d’un pauvre bougre dans des canalisations à cause de l’effondrement d’une poutre… tout cela était peut-être à but d’endormir notre vigilance.

Et ça a fonctionné. Je me suis réveillée comme en prise avec un électrochoc, et à partir de là j’ai réellement sentie la chute vers les enfers de chacun de nos protagonistes.

Oh, c’est également là que j’ai commencé à grimacer pour de vrai face à certaines descriptions bien plus efficaces que je ne l’aurais imaginé.

Revenons sur ce que j’ai dis ; l’écriture est-elle si « simple » ?

J’ai évoqué le terme « banal », un peu plus haut. C’est aussi car le début du roman me donnait un effet de simplisme gerbatoire. Au bout d’une première centaine de pages, j’ai réalisé que pas du tout. Maxime Chattam dégueule de son expérience d’écrivain avec habileté ; si j’avais l’impression que c’était si simple, c’est parce qu’il savait être si efficace que je ne me rendais même pas compte de la qualité du texte en lui-même, car j’étais focalisée sur ce qu’il racontait.

Donc non, Le signal n’a rien de « simple » ou de « banal », même si on pourrait lui reprocher quelques facilités dont je ne peux pas parler sans honteusement raconter la fin de l’histoire (ou faire faire deviner ce dont il s’agit). J’ai noté au contraire un véritable effort de style, phrases qui alternaient entre poésie de l’étrange et franche brutalité, coupant le souffle à certains passages avec une puissance que j’applaudis très sincèrement.

Les personnages sont à plaindre, mais on se surprend à quasiment tous les apprécier

Quasiment, car comme tout bon roman qui se respecte, Le signal possède son lots de connards pour qui la mort apporte une certaine satisfaction. Mention spéciale aux « méchants », je parle ici des fantômes, qui m’ont franchement plu dans leur diversité et par la monstruosité des attaques du début à la fin (sauf le tout début là, vraiment, c’était pas fou).

Par contre, je me dois de noter un tout petit hic ; je sais que la parole de l’auteur doit être différenciée de celle d’un personnage, mais il y a deux petits points qui m’ont fortement déplu dans l’ensemble. C’est peut-être un spoil, mais autant vous prévenir de suite ; oui, il y a un viol, même s’il n’est pas montré on en reparle plusieurs fois dans le récit. Ce n’est pas l’agression en elle-même qui m’a un peu fait hausser les sourcils, mais plutôt le délire féministe que se tape Maxime Chattam au travers d’un de ses personnages, une reflexion un peu étonnante et qui semble hors propos sur le #MeToo (était-ce un message politique ? Ca y ressemblait beaucoup en tout cas). Mais ce point à la limite est pardonnable… par contre, était-ce nécessaire de rendre empathique le violeur avant la fin du livre ? Etait-ce obligaoire de le rendre sympathique auprès du personnage qui l’a accusait jusqu’à le menacer physiquement juste car le garçon avait une soeur morte et un père violent ? Vraiment ? Je ne sais pas. Ca m’a un peu agressé car je trouvais ça à la fois osé et un peu à côté de la plaque, et surtout je me suis sentie écoeurée… d’apprécier le personnage malgré ce qu’il avait fait.

Bon. Ça reste léger comme problème, et ça ne prend pas trop de place dans le livre, donc encore une fois, j’aurais tendance à excuser ce choix d’évolution, mais je me disais qu’il fallait en parler tout de même.

Et l’intrigue, dans tout ça ?

Maxime Chattam est un conteur puis un écrivain. C’est un passionné de criminalistique et d’horreur, surtout celle qui se cache dans le quotidien et dans le fin fond de notre cerveau reptilien. L’intrigue, non seulement tient la route, mais l’explication (que j’avais vu venir, mais qui m’a quand même fait frémir) de l’apparition des fantômes, de leur explication, j’ai trouvé ça si bien amené, si bien trouvé, que je pourrais presque en faire une fanfiction.

Quelques petits clin d’œils à Lovecraft et King sont à signaler ; j’ai cru lire sur internet que cela frôlait le plagiat, mais je me demande si les gens ont vraiment lu le bouquin avant d’aller hurler que le Signal était d’une nullité sans nom. Certes il a ses défauts, je ne les ai pas tous nommés car je trouve qu’ils ne sont pas suffisamment problématiques pour me faire déprécier la lecture.

En conclusion, c’est une bonne lecture

Et en plus de ça elle m’a sérieusement donné envie de lire ce qui est disponible du même auteur. J’émets une réserve sur la toute fin du livre que je trouve peut-être améliorable, ainsi que sur l’épilogue alarmiste qui n’apporte pas grand chose si ce n’est la possibilité (j’imagine) d’écrire des fanfictions ou une suite (mais qui serait malvenu selon moi).

Donc si vous êtes curieux, que vous avez les tripes bien accrochées et que vous aimez vous faire peur, je vous recommande chaleureusement Le Signal de Maxime Chattam ; je ne pense pas que cela soit son meilleur livre, mais il mérite d’exister et d’être reconnu pour ce qu’il est. Une histoire d’horreur dans une Amérique ancrée dans son histoire pleine de drames et de massacres, qui pour certains ont laissés des marques indélébiles sur des terres habitées.

Prenez soin de vous et lisez des bouquins ! Aussi n’hésitez pas à partager cet article s’il vous a plu, et on se retrouve rapidement pour une nouvelle critique ~

Akaracthe

Une réflexion sur “Le Signal, ou comment revoir sa perception de la lecture

  1. Et bien cette nouvelle chronique est pleine de surprise ! On commence avec l’impression que ça va tirer à balles réelles et finalement, ça se termine sur des notes plus que positives ! Toujours un plaisir de te lire dans tes analyses !

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s