La faucheuse, des idées extraordinaires au milieu de grands moments d’inintérêts

Dans un monde du troisième millénaire où la mort a été éradiquée, il ne reste à l’humanité qu’à gérer le problème de la surpopulation ; pour cela la communauté des Faucheurs a été établit afin de venir « glaner » certaines personnes au hasard et ainsi promettre l’utopie garantie par une société sans gouvernement.

De l’américain Neal Shusterman, la version française a été publiée par R-jeunes adultes en 2017, et le bouquin fait partie d’une trilogie. Bon, ne perdons pas plus de temps en pérégrinations, vous avez vu la note, vous SAVEZ que ce n’est pas un coup de cœur, et laissez-moi vous expliquer pourquoi.

La Faucheuse, qu’est-ce que c’est ?

Je ne l’ai appris qu’assez tardivement, mais la Faucheuse est un premier tome de littérature adolescente voire adulescente, que l’on catégorise de manière moderne dans le YA (young adult). Si cette information peut ne pas avoir une grande importance, je tiens quand même à le préciser pour la simple et bonne raison que je ne suis pas le public cible ; cela ne m’empêche pas de lire du YA et de parfois l’apprécier, mais c’est à garder en tête tout au long de ma critique. Aussi, je préfère le dire immédiatement ; non, pour moi, ça ne vaut pas le coup d’être lu, cela dit je sais que la Faucheuse et son auteur sont très, TRÈS appréciés (en atteste les notes sur goodreads et Babelio). Et on va pas se mentir, ça reste quand même plus intéressant que Phobos, qui lui était un scandale de médiocrité.

Donc la Faucheuse pourrait se catégoriser en récit d’anticipation où l’humanité ne subit pas le hasard et la fatalité de la mort naturelle ; aussi, une entité (dépeinte comme un personnage à part entière mais je vais y revenir) nommé le Thunderhead, qui est un super-ordinateur possédant une conscience, a remplacé toute forme de gouvernement et la paix éternelle n’est plus un rêve mais une réalité. Puisque le Thunderhead contrôle tout et fait en sorte que les besoins des moindres citoyens soient comblés, plus personne (ou presque) ne tombe dans la criminalité, le vol… au moins en théorie…

…Et grandement en pratique ; car littéralement, il n’y a aucun enjeu autour de l’illégalité. Je parlerais plutôt d’un récit sur la morale, l’éthique… et ses travers. Sans mortalité, on peut croire qu’il n’y aurait plus d’enjeu à vivre. Et si je dois saluer la Faucheuse pour quelque chose, c’est bien pour ne pas avoir dépeint un monde avec des gentils et des méchants ; juste des personnes qui suivent leurs propres idéaux, pas toujours en adéquation avec le monde actuel. Quelques fous cherchent à tout changer, mais ces fous ne seraient-ils pas les génies de demain ?

Tous les personnages sont intéressants, sauf les héros !

Tristesse et désarroi. C’est le premier constat qui m’a frappé ; pour vous en parler sans spoiler, on suit tout du long deux apprentis faucheurs nommés Citra et Rowan (que je pourrais appeler Soda1 et Soda2), tous les deux finalement très linéaires. Soda1 est une jeune fille à l’esprit rebelle, parfaite dans son apprentissage (ou presque) mais très émotive. Soda2 est plus réservé, plus calme, et serait prêt à se sacrifier pour Soda1.

Les deux nourrissent parfois une petite jalousie l’un envers l’autre, ils finissent par tomber amoureux car c’est interdit, et… et c’est globalement tout ce qu’il y a à retenir de ce qui m’a fortement déplu ; les enjeux ? On les a rapidement, même si je ne préfère pas trop en dire dans cette section. Mais le roman finit par déborder sur une pseudo-romance entre les deux personnages à la Roméo et Juliette… enfin, en imaginant que Juliette maîtrise les armes blanches et Roméo finit par découper des gens au sabre.

Pour le reste des personnages que je ne peux pas tous citer, on a ; le Thunderhead, à savoir ce super ordinateur qui a toutes les connaissances du monde, des personnages secondaires dont on se fiche complètement et sinon la plupart des faucheurs qui pour le coup sont tous identifiables, que ce soit moralement ou physiquement. Moralement car le roman nous pousse vers une intrigue politique où on se rend compte qu’au sein de la Communauté, il y a beaucoup de problèmes dont certains paraissent insolvables, mesquins, nobles mais surtout multiples. Je vais nommer mes trois préférés à savoir Goddard, présenté comme notre grand méchant scintillant, Curie qui représente la seule véritable figure féminine forte et intéressante et enfin Faraday, qui m’aura séduit au début du roman, qui m’aura fait très peur au milieu et qui m’aura attendri à la fin. Des personnages que l’on découvre autant au travers de la narration que par de petits extraits de leurs journaux ; car les Faucheurs ont l’obligation de tenir des journaux rendus publics, même si « personne ne les lit jamais » (dit-on).

Mais pourquoi les héros paraissent si peu intéressants ?

Déjà car l’intrigue qui les concerne n’a d’effets véritables que sur la Communauté, en dehors d’eux. Ils sont au centre de tout et leur présence résulte d’une décision qui ne leur appartenait pas vraiment, mais au final ils ne sont le moteur que de très peu de choses ; ils subissent, passent leur temps à ne pas comprendre et à ne pas chercher à comprendre, coincés dans un amour interdit qui personnellement ne m’a pas intéressé plus que ça. Après, je vous rassure, Soda1 et Soda2 ont quand même quelques éclairs de lucidité et ont chacun un ou deux moments vraiment très marquants qui ont su ne pas faire tomber ma note du livre à deux étoiles !

Et au final, je leur reproche une unique chose ; d’être des adolescents. De mémoire ils n’ont même pas dix-huit ans, ça impacte forcément mon appréciation à leur égard. Et honnêtement… je sais que c’est un critère moins objectif que les autres et qui ne tient qu’à ma propre perception de la chose. Mais voilà, ils m’ont agacé. Ils se répétaient en permanence et ne semblaient pas vouloir évoluer, au moins pour Soda1 ; le garçon a été plus intelligemment travaillé à mon sens, et mérite vraiment qu’on se soit attardé, autant de pages durant, à sa vie, sa personne et surtout ses fréquentations.

Car si Soda1 ne peut être définie qu’au travers de ses crises de calcaires et sa vision utopique de la vie, Soda2 a pour lui toutes les interactions avec des personnages que l’on qualifierait d' »antagonistes ».

Une écriture trop simpliste et lacunaire

Ceux qui ont lu ma critique publiée sur GoodReads savent de quoi je parle ; au début, je me sus laissée portée par le style très « américain » de la traduction. Peu de longues phrases, on va à l’essentiel et on utilise quelques phrases bien percutantes. Jusque là pas de soucis, je trouvais ça réfléchis et intéressants. Le problème est survenu à la moitié du livre quand j’ai commencé à noter des répétitions que je qualifierais de « schématiques » ; c’était toujours le même type de pensées qui revenaient d’un personnage à l’autre, les mêmes groupes de mots voire des paragraphes entiers qui étaient retranscrits, comme si le lecteur allait l’oublier. Ça m’a embêté jusqu’à grogner dans mon lit quand je lisais un chapitre et que je m’en rendais compte, sans oublier que ça me sortait complètement du récit.

Du coup, lacunaire au sens « manque cruellement de style et de vocabulaire ». Les mêmes mots, les mêmes adverbes, les mêmes expressions et en plus de ça, dans le même ordre ! Cela dit… c’est une traduction. Je n’ai pas lu la version originale donc je précise que mon avis à ce sujet tient peut-être uniquement à la mauvaise qualité de la traduction ; mais honnêtement j’en doute.

Quelques coups de génies !

Point fort ; scénario. Si les personnages principaux et le style d’écriture ne sont pas top, j’ai été littéralement subjuguée par de petits retournements de situations. Des personnages qui apparaissent ou disparaissent, des prises de décisions audacieuses et même la fin, quoique attendue, a été une très bonne conclusion de mon point de vue qui m’a vraiment empêché de baisser la note ! Bon, je sais que si je ne m’explique pas un peu plus ce commentaire n’aura aucune valeur, donc on va tenter de s’expliquer sans spoiler ;

L’intrigue, comme je le disais plus haut, est en partie sentimentale mais surtout politique. On parle ici de conflits dans une communauté qui échappe à toute forme de règles sauf celles qu’elle s’impose elle-même ; à savoir les Commandements des Faucheurs. On se rend compte au fil de l’histoire qu’il y a un problème majeur lié à l’interprétation de certaines règles ; et très vite, les personnages principaux sont confrontés à une réalité qu’on leur imposera… quelques mois plus tard.

Donc la fin du récit se déroule à ces quelques mois plus tard, vous me suivez ? Forts de ce constat, tous les lecteurs voient s’assembler sous leurs yeux des indices menant à une conclusion ou une autre ; honnêtement si vous êtes un lecteur attentif, vous penserez de la même manière que moi et parviendrez à la même conclusion qui est pour le coup très logique.

Sauf qu’au milieu de tout ça, on a des événements inattendus, un climax franchement bien rythmé et la résolution du thème principal est… ingénieux. Intelligent. Tout ce qui a pu manqué à certains moments est comme rattrapé par ce final que je ne qualifierais pas de magistral mais qui m’aura arraché quelques frissons de bonheur et d’excitation.

… Peut-être aussi car j’étais contente que ça soit finit, mais c’est du détail.

Finalement pourquoi seulement 3* ?

Car comme je l’ai dis dans le titre de l’article, les moments de génie sont beaucoup trop éloignés les uns des autres par des dizaines de pages qui dégueulent l’inintérêt et qui me font rouler les yeux au plafond plusieurs fois. Et quand je soupires en prime, c’est pas bon du tout ; l’auteur n’a su garder mon intérêt et surtout ma concentration qu’à de très rares moments. Et même si ces moments, je les ai trouvés bien au-dessus du reste, ils ne suffisent pas à rattraper tout le reste.

Pour conclure

La Faucheuse n’est pas un mauvais roman. Mais c’est sûr que si vous êtes comme moi, pointilleux sur les détails, avides de la belle écriture et peu réceptif aux romans visant les adolescents, je ne vous conseille pas du tout cette série. Cela dit, si vous êtes déjà plus habités au YA et à l’auteur en lui-même, peut-être que tenter l’aventure, ne serait-ce que pour ces moments qui m’auront fait frissonné vaudra plus le coup pour vous que pour moi !

Sur ce prenez soin de vous, et lisez-des livres !

Ambroise d’O.

2 réflexions sur “La faucheuse, des idées extraordinaires au milieu de grands moments d’inintérêts

  1. Je trouve l’idée intéressante scénaristiquement parlant : voir les « défauts » d’un monde censé être parfait, c’est le plot d’un pan de la littérature d’anticipation. Ceci dit si les héros ne tiennent pas la distance au milieu d’un univers riche, et bien le tout va clairement en pâtir et tu fais bien ressentir cet agacement qui fût le tien dans ta critique ! Les tournures m’ont parues moins percutantes et plus fines, ce qui n’était pas pour me déplaire ! (moins de punchline, plus d’analyse en somme XD)
    C’était donc une superbe critique à lire ! Bravo et merci de l’avoir écrite !

    Aimé par 1 personne

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