Les ronds dans l’eau, une vision du hasard qui fait réfléchir

Il y a les romans que vous attendez et qui vous déçoivent, d’autres qui vous comblent, mais les graves désillusions comme la découverte de perles restent des événements ponctuels et très rares : surtout quand on dévore les livres régulièrement. Nos goûts s’affinent à force d’absorber de la qualité, et à force de côtoyer l’excellence on se lasse aisément du plat trop simple. Et parfois, on prend un livre un peu par défaut, un peu « comme ça », sans raison, et on ressort de la lecture aussi tremblant et secoué qu’après un accident de voiture.

Les ronds dans l’eau d’Hervé Commère fait parti de ces derniers.

Plic-ploc

Les ronds dans l’eau est un thriller où l’on suit deux personnages qui ne semblent avoir rien en commun : le premier est un serveur dépressif tandis que l’autre est un truand paranoïaque. Mais n’ont-ils vraiment rien en commun ? En fait, si : ce sont tous les deux des cambrioleurs, mais l’histoire qui paraît si simple est un véritable puzzle qu’il faut apprendre à amadouer pour se laisser séduire.

C’est un livre écrit par Hervé Commère, auteur français né à Rouen, et le livre a été publié en 2011 aux éditions Fleuves noires.

À quoi s’attendre quand on lit les ronds dans l’eau ?

Les ronds dans l’eau, il faut être honnête, c’est un livre pas très long, mais où tu te laisses un peu porter durant toute la grosse moitié de l’histoire. On suit deux histoires en parallèle, qui vraiment ne semblent pas avoir beaucoup de points communs à part peut-être le fait que jusqu’à un certain stade, elles se déroulent dans la même ville. Je dois même dire que c’est presque frustrant de ne pas voir les deux histoires se croiser plus que ça pendant un long moment (enfin ça, c’est ce qu’on croit !). J’ai alterné des phases d’admirations stylistiques (car le livre est très bien écrit) et des phases où j’en attendais plus. Enfin, ça, c’est durant les quelques pages qui servent à nous endormir jusqu’à ce que BAM, un meurtre. Je ne précise ni qui, ni quoi ni comment, car ça vous prend de cours avec une telle brutalité… que ça en est superbe. Et à partir de là, c’est l’escalade.

Des personnages fascinants

Le charme de cette histoire, ce sont ces personnages. Tous, vraiment, sont incroyables. Je vais en présenter quelques-uns : on a d’abord nos deux personnages principaux, sublimes dans leurs rôles respectifs et avec chacun une histoire. Yvan en premier lieu, notre serveur dépressif national, qui après avoir vu pour une énième fois son ex dont il n’a jamais su se détacher se trémousser dans une télé-réalité, décide pour sauver son honneur de cambrioler le domicile de ses parents afin de récupérer les lettres enflammées qui lui avait envoyées. Car, la jeune femme promet de lire en direct les lettres de ce jeune homme aux espoirs et aux amours brisés. C’est alors qu’il part en laissant son boulot de serveur en vrac, sans rien dire à personne pour commettre son méfait.

Ce personnage, c’est la touche d’espoir au milieu d’un désespoir, c’est l’expression même de la dépression et des illusions dans lequels il se baigne depuis des années, mêlée à une profonde minutie dans la préparation de son cambriolage. C’est évidemment un personnage clef, mais dont on ne se rend compte de l’importance que vers la fin. C’est vraiment un personnage pour lequel j’ai ressenti une multitude d’émotions, de la grande lassitude en passant par le stress de le voir mourir ou enfermer, puis un grand élan d’injustice en voulant le voir réussir. On a peur pour lui non pas au début, mais au bout de quelques événements, et cette peur tient en haleine jusqu’où toutes dernières lignes, jusqu’au tout dernier dialogue, jusqu’au tout dernier regard sur cette rive et sur ce grand manoir.

Nous avons ensuite Jacques. Jacques, c’est un « papi » dont on sait qu’il n’a pas l’esprit tranquille. Jacques, c’est un ancien cambrioleur de grand vol qui a fait le plus grand casse de toute sa vie avec quatre de ces copains d’époque. Ensemble, ils ont réussi à cambrioler l’un des plus grands mafieux américains de l’époque, et en sont sortis avec des millions en poche. Sauf que voilà, ils ont tous vécu dans la peur malgré la mort du parrain de la mafia américaine il y a déjà des années, ainsi que celle de ses proches, mais Jacques a toujours peur que cette histoire lui retombe dessus. Sauf que voilà, un beau jour, une jeune journaliste vient et le met devant des faits que personne d’autre n’avait jamais révélés auparavant. Elle le confronte, prétend avoir une assurance vie si jamais elle venait à disparaître, mais que personne ne savait où elle était.

Et je crois que plutôt que de vous décrire cette journaliste touchante et passionnée, le mieux serait directement de vous montrer un extrait qui la définit merveilleusement bien :

« Les journalistes ne sont pas des flics. Aucun flic ne peut aller chercher si loin. Même passionné, fou de travail, obsessionnel ou maniaque. Un flic ne peut pas passer toutes ses nuits dans la lumière d’une lampe de bureau sans devenir fou un matin ou un autre, déraper ou décrocher. Personne ne peut garder son calme aussi longtemps, recommencer encore et encore et encore, entrer si profondément dans tant de fausses pistes, tout examiner avec autant de patience et de minutie, reprendre de zéro tous les jours avec autant d’acharnement. Un flic ne peut pas faire ça. Vouloir combattre le mal, envoyer les truands en taule, ça ne suffit pas. Pour traquer ainsi la vérité, il faut vouloir comprendre, il faut être fasciné. Pour fouiller à ce point, il faut être amoureux. » Les ronds dans l’eau, Hervé Commère.

Je pourrais parler de beaucoup d’autres personnages, même s’ils ne sont pas tous d’égale importance, mais ça serait révéler malgré moi des indices sur le pourquoi, la finalité de l’intrigue, qui comme je l’ai lu une fois chez un journaliste, est « une intrigue à tiroirs, du genre qui se referment sur nos doigts ».

Une construction originale et grisante

Les ronds dans l’eau, c’est une histoire de hasard. Et je pense que je conclurais cette chronique là-dessus : Les ronds dans l’eau, c’est cette œuvre qu’on a tous écrite dans son esprit, qu’on a tous imaginé, à laquelle on a tous pensé en tant que créatifs, et même en tant que simples amoureux des histoires qui font palpiter nos pauvres petits cœurs pas toujours si sensibles. C’est l’histoire d’un hasard qui en a amené un autre, c’est une goutte de pluie qui tombé dans l’océan et qui a crée une multitude de petits cercles tout autour d’elle qui chacun sont devenues des vagues échouées sur les côtes. C’est une histoire que je conseille chaleureusement, autant pour la plume de l’auteur que pour cette sensation fantastique que l’on retire en lisant les dernières pages.

C’est un discret chef d’œuvre. Discret car il ne pourra jamais amené totalement la lumière sur lui, certainement car il dépeint des gens qui agissent dans l’ombre des projecteurs. Ce n’est pas l’histoire qui est spectaculaire, c’est la marque qu’elle laisse sur les lecteurs. Je n’en demandais pas tant,

Mais merci.

Prenez soin de vous, lisez des romans.

Ambroise d’O.

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