Phobos, la définition même de la flemmardise et de médiocrité

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, non, je ne suis pas du genre à prendre de gants, encore moins avec un récit qui nous prend pour des oies. Et encore, je suis gentille. Avec cet en-tête, je pense que vous visualisez aisément ce qui va suivre dans cette review : le titre est annonciateur, également. Mais peut-être que vous ne réalisez pas bien : les nombreux fou-rire nerveux en voyant les pages défiler sans avancement de l’intrigue, le creux des personnages, sans oublier les phrases du genre « pourquoi ils auraient choisi un autiste dans ce genre de mission, ça n’a aucun sens ! » ou même le hurlement de rage que j’ai poussé en lisant la dernière page.

Je vous préviens, que personne n’ose me parler de léopard pendant quelques jours, ou je fais un malheur !

Un petit détour sur ce qu’est Phobos est d’où il vient

Phobos est… une série de romans de science-fiction, publiés chez Robert Laffont (mes aïeux…) et écrit par Victor Dixen. Si je me montre si peu enthousiaste, c’est parce que j’ai cru naïvement pendant tout le livre qu’il était si mauvais peut-être par ce que c’était une traduction… comment vous dire que mon monde s’est un peu écroulé quand j’ai appris que non seulement j’avais perdu mon temps avec un mauvais bouquin, mais en plus de ça que je ne pouvais même pas gentiment taper sur la qualité de la traduction puisqu’elle est inexistante.

Bref, globalement, on est dans le futur (quand, on ne sait pas) où la Nasa a été racheté par un privé (on va dire que c’est possible pour pas froisser l’auteur, hein) qui décide d’envoyer douze gamins pour coloniser Mars. Car oui, en fait, vous comprenez, il va y avoir six filles d’un côté, six garçons de l’autre, et ils vont pouvoir avoir des séances de speed-dating de six minutes par semaine pour « trouver l’amour ».

Je vais pas vous mentir, j’ai tellement de sel à déverser pour cette critique que j’ai du mal à savoir par quoi commencer !

Je tiens quand même à signifier que, non, définitivement, avoir été lauréat du Prix Imaginales, avoir été nommé lors du Grand Prix de l’Imaginaire en 2016 ou avoir été publié chez Michel Laffont (qui est pourtant un gros monstre dans le milieu des ME) ne démontre aucunement la qualité d’une oeuvre. Dois-je rappeler que mon avis n’appartient qu’à moi ? De toute façon, on sait tous que mon avis prévaut sur celui des autres, je vois même pas pourquoi je devrais m’en soucier [insérer une petite image qui ferait comprendre que c’est en partie du sarcasme].

Un plot révélé trop tôt et une tension inexistante

Je pense que beaucoup de choses auraient pus être améliorées si jamais le « plot » n’avait pas été révélé, comme je le dis dans le titre de cette partie, au bout de deux ou trois chapitres. Et attention, pour le bien de la critique, je vais devoir révéler quelques éléments du bouquin : je ne ferais pas l’effort de prévenir de potentiels spoils ou non, alors si vous êtes assez fous (ou peut-être maso) pour vouloir lire cet échec de la littérature française, filez maintenant et revenez me voir plus tard. C’est bon ? On continue.

Le petit monde embarque dans son gros vaisseau spatial (enfin une fusée, parce qu’on est suffisamment loin dans le futur pour avoir des IA mais pas assez pour avoir évolué côté « on envoie des gens dans l’espace de manière futuriste », faut pas déconner ! Il y a un espèce de jeu de caméras au moment où l’héroïne, « Léonor », l’un des personnages féminins les moins intéressants du monde, bégaye sur un écran noir. De l’autre côté, dans la partie « invisible » de la caméra, se tient Gordon (dont j’ai oublié le nom), l’un des rares personnages crédibles de la série, qui panique à l’idée que Léonor « sache tout ». Et là, la grognasse de service qui sert aussi de psychiatre pour star et qui gère le projet Genesis, lui dit « mais non, ils ne peuvent pas savoir qu’ils vont MOURIR voyons ! On a effacé toutes les preuves ! »

Alors OK : Victor, car je peux t’appeler Victor ? Tu m’écris une histoire avec un concept ma foi séduisant (je l’ai mal résumé car je suis probablement trop énervée pour faire un effort de présentation), car si on oubli les failles de crédibilité de l’histoire (après tout, qu’est-ce que la crédibilité dans un roman de SF ? Soyons crédules, ça peut marcher), le coup des speeds-dating qui s’enchaînent pendant cinq mois, l’isolement de douze jeunes dans l’espace couplés à la vision de caméras omniprésentes avec un supplément de thriller, ça aurait pu être génial. Sauf que mon cher Victor, tu crames toute possibilité d’interrogation en nous révélant le plan des méchants. Le pire ? On a le plan des méchants d’un côté, et de l’autre on a nos amourettes et les « drames » des neuneus envoyés dans l’espace qui ont tous un « terrible secret ». J’y reviendrais sur la section concernant les personnages, là aussi il y a beaucoup à dire.

Alors oui, il y a peut-être un petit « mystère » sur « oh, quel est le vilain hypnotisé qui va tuer tout le monde quand ils seront sur mars ? »
Spoil alert : on s’en cogne. Mais genre, vraiment. Les personnages méritent de mourir… mais vous savez quoi ? Ça me permet de faire une belle transition !

Quand un homme tente d’écrire des femmes, ça donne ça

Vous allez peut-être me trouver cruelle : mais je me suis récemment mise au YA, et j’ai été charmé à plusieurs reprises par la plume de mes compagnes autrices, avec des personnages variés, différents, profonds, construits, qui ne se résumaient pas à deux mots-clefs avec un impact inexistant sur le peu d’intrigue que nous sert l’histoire. Mais plus on grandit, et plus on réalise certaines choses : déjà, le genre de la SF ne connait quasiment que de grands noms masculins. Isaac Asimov, Dan Simmons sont les créateurs qui ont bercés mon enfance. Les femmes, peut-être par intérêt ou juste par opportunités, semblent conquérir, au moins chez nos contemporaines, la bit-lit, la fantaisie, dans des sous-catégories que je ne me sens pas de réécrire tout de suite. Et si pour les deux premiers hommes cités, je n’ai rien à redire sur le traitement de leurs personnages féminins (possiblement car je ne m’en souviens pas et parce que ce n’est pas le sujet de l’article), mais pour Phobos, qui a, on le rappelle, une héroïne puérile et à l’écriture aussi changeante que la psychologie d’un maniaco-dépressif, je pense qu’on peut facilement dire que cet homme, là, en particulier, n’a aucune idée de ce qui se passe dans la tête d’une femme, d’une, et n’a jamais essayé de le faire, de deux.

Les personnages sont creux. Les personnages importants sont des femmes, sinon ils meurent. Les femmes sont : une singapourienne psychorigide, une allemande qui adore les romans d’amour et qui veut se marier avec le russe, une canadienne dévergondée qui cache un passif avec une famille de drogués, une anglaise hypocrite et notre Léonor nationale qui est une « planète rouge » ou un « léopard » (elle est rousse si vous aviez pas compris) sans oublier le… ah, ça ne me revient pas, tellement on nous le rabâche plusieurs fois sans que le dernier surnom n’ait une quelconque valeur.

Du côté des garçons, c’est franchement pas mieux : le japonais autiste (bordel…), le chinois paraplégique, le brésilien mafieux, le russe au sourire d’ange (control freak), le noir aux yeux verts (nigérien ? Je sais plus), l’américain tr0p d4rk dont la rousse est amoureuse pour 0 raison valable.

On a aussi la fille de la psychiatre, qui se drogue dans le dos de sa mère, pour nous faire comprendre que sa mère est une personne toxique qui enferme sa fille pour la « protéger » tout en la faisant culpabiliser d’avoir fait une malaise pendant leur repas d’anniversaire.

Sauf que tout ce que je viens de dire NE SERT A RIEN. Voilà. Des personnages stéréotypés qui se trémoussent devant « l’écran » avec des dialogues incohérents, trop longs pour la plupart, qui n’ont aucune saveur et aucune crédibilité, puisque tous les personnages (vieux, jeunes, « autistes », personnage aléatoire numéro 86) parlent exactement de la même manière. Et ça, c’est, très désagréable. Enfin ne vous inquiétez pas trop, Victor adore nous rappeler que le japonais est autiste, que Léonor est rousse, que l’anglaise met des pulls, etc. En gros, les dialogues ne servent à rien, mais on ne confond pas trop les personnages puisqu’on a deux mots clefs par personnage (environ) qui reviennent à tous les chapitres. Oh, est-ce que je vous ai parlé du pirate informatique qui sort des clefs USB magiques pour récupérer les données d’un ordinateur formaté ? Non ? Car ça n’a aucun sens, aucun intérêt, que ça ne mène à rien et d’ailleurs, le bouquin ne finit même pas vraiment, ne révèle rien.

Un style qui ne camoufle même pas la médiocrité de l’ensemble

Vous savez, des fois, certains auteurs nous transportent sans rien raconter, juste avec une manière de poser les mots sur la page. Ça rend l’amertume presque sucrée, le désintérêt pour une gourmandise et la banalité pour l’extraordinaire. Sauf que Victor n’a visiblement aucun talent, ou n’avait pas envie d’en avoir sur ce livre.

Scénaristiquement, j’ai mis une étoile car on ne peut pas mettre moins (et que je me refuse aux « demi », j’aime bien le système de GoodReads). Mais Phobos n’est qu’une suite de scènes qui de temps en temps ont un petit fil rouge, et ça ne va pas plus loin. Je ne parlerais pas de la fin qui pour moi est une honte, imprégnée d’une flemmardise HALLUCINANTE.

Et je crois que ça résume bien mon avis final sur ce roman : je suis hallucinée. Hallucinée qu’autant de FLEMME concentrée dans un même bouquin puisse être aussi connu et apprécié. Hallucinée par la manière de traiter les hommes, les femmes, l’anticipation, la politique. Tout ne respire que le superficiel et le mensonge : je m’attendais à un roman dynamique avec des speeds dating, une romance en bruit de fond mais surtout une intrigue presque policière et viscérale sur des jeunes qui apprennent qu’on les a manipulé pour les tuer et récolter des milliards sur leur dos. Je me retrouve avec un flip-flap lent, pénible, avec des tentatives de tire-larmes qui n’ont aucun effet tant les personnages ne provoquent AUCUNE empathie chez moi.

Ce livre m’a plu durant quelques dizaines de pages, puis j’ai compris que ça ne donnerait rien de viable, un peu comme les rats qu’ils ont envoyés sur Mars, comme le décrit le rapport Noe. J’étais curieuse de savoir comment, avec une promesse de tuer tout le monde à la fin, l’auteur pourrait en faire quatre tomes supplémentaires… j’aurais dû me préserver.

Alors voici mon conseil : préservez-vous. La curiosité, parfois, est un défaut qui nous fait perdre un temps précieux que l’on devrait utiliser pour lire les meilleurs bouquins du monde. Celui-ci n’en fait pas parti.

Sur ce à la prochaine, lisez des romans et prenez soin de vous,
Ambroise d’O.

Une réflexion sur “Phobos, la définition même de la flemmardise et de médiocrité

  1. Je viens de finir la lecture et je trouve encore une fois que c’est VRAIMENT super de lire tes critiques ! De les trouver ici sous une autre mise en page mais avec la même force et la même volonté, c’est génial !
    Je lirais les suivantes avec attention ~
    Bien à toi chaton ❤

    Aimé par 1 personne

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